Reflets de stars

 

« Reflets de stars » ou l’histoire de deux passions : le cinéma et la photographie. En 1985, je vais au Festival de Cannes pour la première fois munie d’un bout de papier sur lequel Pierre Miquel (mon professeur à la Sorbonne) a griffonné le nom de Louisette Fargette, responsable du service de presse du Festival. Je découvre les pass journaliers, les gommettes de couleur et les séances tardives. Je me faufile dans les conférences de presse, croise les stars sur la Croisette, voit les équipes de films dans les salles… Le rêve d’une cinéphile qui réalise des photos des plus grandes stars internationales.

Depuis 2007, j’ai présenté ma première exposition « Instants de stars » dans différentes manifestations cinématographiques, à Cannes, Deauville, Paris, l’Alpe d’Huez ou Tbilissi (Géorgie). En décembre dernier, j’ai présenté dans ce lieu magique qu’est le Cinéma des Cinéastes, la série « Reflets de stars », images des stars dans leurs voitures officielles, assortie de quelques portraits de plus grand format extraits de la série « Instants de stars ».

La photographie est mon autre passion. A Cannes, sans carte de presse, je suis, de fait, en décalage avec la photographie professionnelle des photos-calls, des conférences de presse et des shootings dans les studios. Je suis dans la rue, derrière les palaces, devant les entrées des artistes… Je réalise mes portraits dans ces moments de passage, d’entre-deux temps (interview du matin – maquillage du soir), d’entre-deux espaces (hôtel – salle de projection), dans des emplois du temps minutés sur 24 heures, parfois moins. En outre, cette brèche déjà étroite fourmille d’ennemis : le toupet des chasseurs d’autographes, le zèle des policiers novices, les téléphones portables des badauds, le « cinéma » de certains staffs, sans oublier la masse musculaire de quelques gardes du corps. La prise de vue est sportive. Le cadre de la voiture s’est imposé avec l’évolution du Festival : les 4500 journalistes, le renforcement des conditions de sécurité et les enjeux économiques ont enfermé  les stars dans les véhicules officiels. Point de jambes croisées sur les capots ou de portières ouvertes sur d’aguichantes chevilles ; moins glamour que les cabriolets de Sophia Loren ou d’Elisabeth Taylor, les voitures sont caissons d’isolement, loges d’artiste ou protectrices confidentes.

Paradoxe de cette parade en ville : la star est tout à la fois offerte à la vue des spectateurs et faussement visible, derrière des glaces teintées et des rideaux tirés. Sur son parcours, entre studios, Palais, Palace, soirées… je dois être au milieu de la course, quand le stress du départ est presque évacué et que la pression du lieu suivant n’est pas encore montée. Dans tous mes portraits, mon objectif est l’expression. Ce qui m’intéresse c’est la tension ou le relâchement qui s’expriment, l’inquiétude ou la joie. Sous leurs traits, sur leur peau, passe une multitude d’impressions et ma photographie doit saisir l’une d’elle : ce qui frappe souvent c’est la concentration, l’intimité. Parfois, il faut un peu les déranger pour réussir la photo tout en respectant absolument cet instant. Malgré la foule des « stoppeurs » et des curieux, l’exercice est solitaire. Je suis à la recherche d’une photo unique : l’expression ne se reproduira pas puisque la star va être reprise par les autres et donc par le paraître. Je fais trois ou quatre photos à chaque fois, jamais plus. Le temps d’après sera totalement autre. Le photo call comporte une séance officielle de pause : on choisit l’angle, la lumière, on veut obtenir le regard… Puis, on pimente un peu et les stars peuvent se livrer à un jeu d’authenticité : elles s’amusent avec le partenaire, embrassent leur réalisateur ou se placent du côté des photographes… Mes photographies sont dans le temps d’après : celui qui n’est quasiment plus un temps de jeu mais celui d’un peu de vraie vie. C’est la raison pour laquelle aucune des photos n’est retouchée : comment lisser une ride ou raboter un menton et vouloir rendre vie, rendre la vie à ceux qui, sinon, ne seraient que des poupées, aujourd’hui des avatars.

Les textes sont une manière pour moi de créer du lien entre mes portraits et le cinéma, de rapprocher encore ce travail du public. Ecrire c’est revisiter leurs films, se rappeler la rencontre d’une fraction de secondes et la partager avec ceux qui ne les voient habituellement que sur des écrans.